La prison cadeau

Cette histoire que je vais vous conter est certes une fiction mais c’est le quotidien de tous les jeunes chômeurs. Certains jeunes face à l’adversité restent sur le droit chemin. D’autres, choisissent  d’être des brebis galeuses pour survivre. Cependant, il ya une petite catégorie qui n’a quasiment pas le choix.

Moni est avec son jeune frère Kader vivent  chez leur oncle qui a bien voulu les recevoir dans sa petite maison situé  dans un quartier mal famé d’Abidjan que tout le monde connaît sous l’appellation de Mossikro.  A Mossikro, la plupart des jeunes sont déscolarisés, beaucoup s’adonnent à la drogue et à la consommation de d’autres stupéfiants. C’est dans cet univers  malsain que les deux frères survivent. Depuis quelques jours, la tante avait diminué la ration conséquence ils ne mangeaient pas pour remplir le ventre mais juste pour le soulager.

PLAT DE RIZ

Un plat de riz gras

Trois jours après, la tante annonça que le sac de riz était vide. Chacun devait participer. Comment Moni et son frère Kader allaient participer ? Difficile pour Moni, il n’avait connu d’emploi, il ne savait même pas ce que ça faisait d’avoir son salaire. Bien sûre ; il faisait de petits travaux au quartier mais ce n’était pas pour faire ces petits-boulots qu’il avait passé 20 ans de sa vie à étudier.

Fatigué de réfléchir, il décide d’aller  faire cent pas pour se changer les idées. La faim le tenaillait mais il fallait qu’il oublie son ventre et ramener quelque chose à la maison.  Sa promenade, l’amena au bord de la route, il marcha un peu et s’assit près d’une dame qui vendait des ignames cuites. La dame le regarda, elle savait qu’il avait faim. Elle le regarda un long moment puis remua sa tête comme pour dire « le monde est vraiment injuste ».

Elle prit une igname dans la marmite, la déshabilla, la coupa en tranche, versa du piment d’un geste maternel, aspergea le tout avec de l’huile de palme puis mit l’ensemble dans une assiette en plastique. Le cœur de Moni se mit à battre la chamade enfin il allait apporter quelque chose à la maison. La dame le héla « hé petit ! »  Moni s’approcha à grand pas. La dame lui dit « pourquoi tu ne rentres pas à la maison ? Tu ne vois pas que tu fais fuir mes clients ! » .

 

Igname braisé

« Allez ouste ! » Elle le chassa. Moni se mit à courir  en pleurant tout en maudissant cette méchante dame. Soudain il entendit « voleur ! Voleur ! Attrapez-le ! » Moni voulut s’arrêter pour mieux voir ce voleur que l’on poursuivait. Mais une main vigoureuse l’agrippa. Moni se retourna et aperçu le policier la matraque au point et sans trop savoir pourquoi il dit ces mots «  Ce n’est pas moi le voleur ! » le policier le gifla et le traîna au commissariat.  Moni ne comprenait rien à sa situation. Au poste de police, le commissaire lui demande « c’est toi le voleur ? » non, répondit Moni. « Pourquoi tu courais » Parce qu’elle m’avait chassé. « Pourquoi elle t’avait chassé ? »

j’étais assis là et elle m’a dit que je faisais peur à ses clients. « Tu es donc un suspect » conclut le commissaire « Non, je suis innocent » réaffirma Moni. On enferma le jeune garçon en cellule. A la maison, son oncle et sa tante ne s’était même pas rendu compte de son absence. Ils étaient rentrés tard et fatigué. Le lendemain, on envoya Moni devant le commissaire. Il y avait une dame devant le bureau du commissaire. C’est la vendeuse de d’ignames. Elle a les yeux en larmes. Elle le regarde et le supplie en se mettant à genoux « petit, pardon rend moi mon argent, fais à cause de Dieu » « Je n’ai rien pris madame ».  Elle se lève et dit au commissaire «  c’est  son complice qui a l’argent ». Le commissaire  le regarde avec les yeux sévères « Où est ton complice ? »  « Je n’ai pas de complice commissaire » « Tu vis où ? » « A mossikro ».

Le commissaire se leva, frotta ses  galons, se rengorgea et  dit «  Donc tu es de ces petits bandits » « Non ! » « Tu vas payer 200 000  francs. Sinon tu vas  à la MACA». On ramena Moni dans sa cellule. Moni avait pu joindre son oncle mais celui-ci n’avait rien et ne pouvait faire face à cette dépense. C’est donc impuissant qu’on laissa déférer le pauvre Moni. Par la suite, comme il ne pouvait pas se prendre un avocat. On lui attribua un avocat d’office. Cet avocat ne défendit pas Moni au contraire il l’enfonça. On lui fixa une peine de 10 ans pour rien. L’emprisonnement de Moni donna le libre arbitre à Kader de rejoindre les jeunes délinquants du quartier. Il devait survivre avant que son grand-frère ne revienne à la maison. Une vie de plus gâché.

Jean-Paul SORO

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Jean Paul Soro
je suis né le 01 Janvier 1992 à Dikodougou. Ma mère est ménagère et mon père instituteur. Très tôt , il m'inculque l'amour des lettres à travers la lecture. Au secondaire ,je fais une serie A2 dédiée à la litterature. Après l'obtention du BAC A2, je passe le concours d'entrée à l'ISTC (Institut des Sciences et Techniques de la Communication) à Abidjan. En 2015, j'optiens une licence professionnelle en production audiovisuelle avec la spécialité, réalisation télé.
Jean Paul Soro

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10 commentaires

  1. ANNE MARIE KOFFI · mai 9, 2016

    C’est bien Mr SORO COPNYINUE ainsi…

  2. soro · mai 9, 2016

    La vie est et restera toujours un combat. Du courage à tous.

    • Jean Paul Soro
      JEAN-PAUL SORO · mai 9, 2016

      Merci cher SORO, tu l’as bien dit la vie restera un combat. Pour dire comme dans la rue d’Abidjan  »On est déjà né ».

  3. wossana · mai 9, 2016

    tres emouvant,cettehistoire

    • Jean Paul Soro
      JEAN-PAUL SORO · mai 9, 2016

      Wossana vous l’avez dit c’est une histoire émouvante. Malheureusement c’est une injustice que beaucoup de personnes subissent. Suis très content que cela vous touche.

  4. Benjamin Yobouet
    Benjamin YOBOUET · mai 9, 2016

    Histoire pathétique…Et c’est comme ça que plusieurs se retrouvent en prison ou gâchent leurs vies. Hommage à ces victimes merci pour ce billet !

    • Jean Paul Soro
      JEAN-PAUL SORO · mai 9, 2016

      Hélas,c’est pathétique. Dans nos prisons l’innocence est la chose la mieux partagée par les détenus. Nombre sont les innocents arrêtés alors que les bandits à cols blancs continuent leurs actions néfastes dans nos gouvernements. Vivement que ça change.

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    • Jean Paul Soro
      JEAN-PAUL SORO · mai 9, 2016

      Je partage votre avis sur la question. Aller en prison pour les jeunes d’Abidjan fait partie du parcours du combattant, c’est une sorte de stage. On ne peut pas devenir un dur de la rue sans avoir goûter la prison. Cela justifie en partie l’insécurité grandissante à Abidjan, cette insécurité à un nom  »LES MICROBES ».