Mondochallenge : mes années lycées

De mes années lycées ou collèges, j’ai à la fois de bons et de mauvais souvenirs. De toute cette vie d’adolescent passé au lycée je ne vais retenir que deux anecdotes qui à elles seules résument très bien ce que j’ai vécu durant cette période. Tiraillé entre spleen et idéal comme Charles Baudelaire, c’est une époque pendant laquelle je me suis donné plusieurs casquettes avant de trouver ma place dans la société. Bon allons-y pour la première anecdote que je titre  »baptême de feu ».

Le baptême de feu

Nous étions exactement en 2004 dans la ville de Sinematiali au nord de la Côté d’Ivoire à 655 Kilomètres de la capitale économique d’Abidjan. Du fait de la crise politico-militaire que vivait mon pays, je me trouvais donc dans la zone rebelle. Après la fuite des enseignants vers la zone gouvernementale, la rébellion avait organisé ce qu’on appelle  »L’école pour tous » pour sauver l’année scolaire dans les zones rebelles. C’est ainsi que j’avais donc pu continuer les études malgré la guerre qui avait divisé mon pays.
Au lycée j’étais un grand timide et de ce fait j’étais régulièrement la cible de quolibets et de moqueries de camarades de classe. Pour mettre un terme à tout cette souffrance, j’avais entrepris d’intégrer un groupe d’élèves turbulents. Pour me faire remarquer j’avais commencé par devenir un des élèves les plus bavard de ma classe. Pour preuve, aucune liste de bavards n’était dressé sans que mon nom y manque. Un soir après les cours, un des membres du groupe d’élèves m’approcha et me demanda si je voulais intégrer le groupe. J’avais répondu  »oui » comme une femme qui attend le mariage depuis 20 ans à la mairie. Dès lors ma vie avait changé, les mauvaises notes avaient fait place aux bonnes notes, les punitions tombaient de partout et j’avais même faillis être traduit en conseil des professeurs.
Une soir d’avril, alors que nous finissions les cours de l’après midi, mes nouveaux compagnons décidèrent de faire mon baptême de feu. Il s’agissait d’aller voler des mangues dans le champ de quelqu’un. La bande déferla dans le champ du pauvre monsieur.

Vendeuses de mangues à Korhogo

On me chargea de faire le guet. Les mangues vertes et jaunes tombaient par dizaines. Je ramassais et faisais des tas en fonction du nombre de personnes. Alors que je ramassais les mangues, j’entendis  »chuuuut ». Je tournais la tête et aperçu un homme accompagné de deux gaillards. Il me demanda de me taire. Sans le savoir, je lançai un cri pour avertir mes amis qui se mirent à sauter des manguiers. Je voulu fuir mais un des gaillards m’arrêta net. Ce jour-là, mes bourreaux m’obligèrent à manger les mangues non mûres. J’avais mangé cinq grosses mangues avant de pleurer. A la fin, ils me laissèrent partir avec les mangues mûres. Quand je sortis du champs, mes camarades m’applaudirent et se moquèrent de moi avant de me souhaiter la bienvenue dans le groupe. On me demanda de choisir un nom. J’ai alors décidé de me faire appeler « la force tranquille ».

La bête noire

En classe de terminale en 2010, il y avait une matière qui me fatiguait (cela n’a pas changé aujourd’hui). Ah les mathématiques. Mon professeur M.Soumahoro nous disait sur un ton prophétique à chaque cours que  »ya des gens qui n’obtiendront pas le BAC tout simplement parce qu’ils ne peuvent pas résoudre une équation ». Et chaque fois qu’il disait cela, je me sentais personnellement visé. J’avais beau me concentrer, essayer de comprendre ce qu’il expliquait, je n’y comprenais rien et ça devenait du chinois lorsqu’on abordait les exposants, la probabilité et les infinis. J’étais on peut le dire  »le ducobu » de la classe. Je me souviens qu’une fois M.Soumahoro avait fait une interrogation de probabilité. C’était une de ces rares interrogations où j’avais abondamment écris sur ma feuille. Le lendemain, il distribua les feuilles en commençant par les mauvaises notes.

Simpson et les maths

En temps normal , mon nom était toujours le premier ou le deuxième nom mais il ne m’appela pas. Il cita les 00/20 puis les 09/20 puis il avança. On entra dans les bonnes notes puis les très bonnes notes. On me regardait comme un nouveau riche. Je me sentais bien. M. Soumahoro arrêta de citer et présenta deux feuilles  »il y a deux imbéciles qui n’ont pas mis leurs noms sur les feuilles, l’un a 01/20 et l’autre 19/20. j’allais donc chercher ma feuille et voilà. J’avais obtenu une note de 01/20. Au fond, je n’avais pas mal. J’étais content parce que j’avais ressenti un peu, la fierté qu’on a quand on va chercher une bonne note.
Je vous laisse ici.

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