MONDOCHALLENGE : L’Afrique : L’école de l’indifférence

 

Dans quelle société vivons-nous ? Une société dans laquelle personne ne s’occupe de l’autre, une société où l’intérêt prime et où la solidarité a foutu le camp, au bénéfice d’un comportement qu’on peut appeler « l’indifférence ».

L’indifférence selon l’africain

Pour l’africain une personne indifférente est comparable à personne asociale. Une personne indifférente est une personne qui ne s’intéresse pas à la souffrance des autres. Une personne indifférente ne va pas à l’enterrement d’autrui, elle ne se soucie pas de son entourage. Tout ce qui l’intéresse c’est elle-même. Souvent, elle est indifférente à l’hygiène de son propre corps. Selon un vieillard de mon village « l’indifférent est comparable à l’aveugle qui veut cueillir une mangue sans l’aide de personne ».

L’indifférence face à la souffrance

« L’homme est un loup l’homme ». Thomas Hobbes était-il devin pour dire une telle phrase ? Tout  porte à croire qu’il a raison. Les hommes sont gagnés par une indifférence collective, une indifférence qui frise l’impuissance…
Un jour à midi, je mangeais dans un kiosque. Je ne vous dis pas combien de fois j’avais trimé pour  m’offrir ce plat que je trouvais d’ailleurs coûteux. Un monsieur très mince, les lèvres sèches, les yeux jaunes et la voix éteinte s’adressa à nous :
– Monsieur, bon appétit. J’ai faim. Aidez-moi.
Face à son appel, l’assistance resta silencieuse. On aurait dit que tout le monde avait fermé son cœur. L’homme réitéra son appel mais personne ne réagit. L’homme souffrait visiblement  mais personne ne semblait prêt à l’aider. Je continuais de manger sans pouvoir réagir  comme les autres. Je venais d’être gagné par l’indifférence. J’avais honte de moi mais qu’on le veuille ou non dans les grandes métropoles l’indifférence est un secret pour vivre longtemps.

« Mon fils, soit indifférent si tu veux vivre longtemps »

En Afrique, quand on obtient son bac, on pense rejoindre la capitale économique (où toute l’administration est concentrée) pour s’inscrire dans une université ou une grande école. Avant ce long périple, le voyageur doit écouter les conseils de ses aînés qui, pour la plupart, n’ont jamais quitté le village mais sont très renseignés sur la vie en ville. Mon fils, une fois là-bas : »ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas’’, « évite les disputes », « ne parle pas à quelqu’un que tu ne connais pas »,  »ne te promène pas beaucoup »,  »ne parle pas aux inconnus » . Une panoplie de conseils venant de tous les côtés à tel point qu’une fois là-bas, on n’est plus nous-mêmes mais quelqu’un d’autre.
On est indifférent à tous ce qui nous entoure, on est apeuré à la moindre interpellation. On ferme son cœur à toute sollicitation. Et on a ce regard, un regard inexpressif, un regard qui fuit, qui ne veut pas voir car voir c’est refuser d’être indifférent.

Laissez-le mourir !

Pour terminer, j’aimerais partager avec vous ce douloureux événement. Un matin de bonne heure alors que m’empressais de rejoindre mon lieu de travail, je cherchais mon chemin dans la foule d’Adjamé lorsqu’un jeune homme ensanglanté me bouscula. Je le vis essayer de courir mais la foule compacte à cet endroit d’Abidjan l’empêchait d’avancer. L’homme ensanglanté cria d’une voix rauque  »svp laissez-moi passer, ils veulent me tuer ». C’était comme s’il parlait à des murs. Personne ne leva le petit doigt. Ses poursuivants ne tardèrent pas à le rattraper. Ils frappaient, le bastonnaient, le sang giclait de son visage comme un geyser. Ah ! Mais personne ne leva le petit doigt. Chacun contournait le groupe. Sans le savoir j’avais contourné le groupe comme tout le monde. J’avais eu le temps de voir le jeune homme qui n’arrivait plus à pleurer. Je le dévisageais en posant cette question intérieurement :  »qu’est-ce qu’il a fait? ». Un de ses bourreaux me répondit comme s’il avait lu dans ma pensée : » vié père, c’est un voleur ! Ce maudit là voulait me voler ». Une fois cela entendu je sentis mon regard changé. Il était devenu indifférent comme celui des autres.

 #Mondochallenge : celle qu’on croyait devenue indifférente

 

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JEAN-PAUL SORO
je suis né le 01 Janvier 1992 à Dikodougou. Ma mère est ménagère et mon père instituteur. Très tôt , il m'inculque l'amour des lettres à travers la lecture. Au secondaire ,je fais une serie A2 dédiée à la litterature. Après l'obtention du BAC A2, je passe le concours d'entrée à l'ISTC (Institut des Sciences et Techniques de la Communication) à Abidjan. En 2015, j'optiens une licence professionnelle en production audiovisuelle avec la spécialité, réalisation télé.

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