Bazié et le carême

Le mois de jeûne en Côte d’Ivoire est un mois de privation pour les musulmans. Un mois pendant lequel on est souvent obligés de jeûner quand on réside dans une famille musulmane. C’est l’aventure qu’a connu notre héros national Bazié, qui se voit contraint de jeûner mais comme toujours Bazié essaie de tromper tout le monde…

Pour les vacances scolaires, Bazié avait choisi la destination de Bouaké chez son oncle Bamoudjê, qui est un fervent musulman. Le séjour de Bazié chez son oncle coïncidait avec le mois de carême musulman. On le sait tous, c’est un mois de privation. On s’efforce de ne pas manger et de ne pas boire entre le lever et le coucher du soleil. Oncle Bamoudjè, en homme pieux, suivait scrupuleusement cette tradition religieuse et il mettait un point d’honneur pour que sa famille s’y mette aussi.

Ainsi du plus grand au plus petit, tout le monde était dans la danse. Voici Bazié qui pose sa valise et fait comme tout le monde. Le jeûne n’était pas vraiment la tasse de thé de Bazié. Il adorait se goinfrer à longueur de journée et il espérait avoir un traitement de faveur chez son oncle Bamoudjè qui le connaissait très bien. En plus, ces derniers temps il avait un appétit d’ogre.

Voilà donc notre Bazié chez l’oncle Bamoudjè. L’Oncle Bamoudjè l’informa que les temps étaient trop difficiles pour faire une cuisine spéciale pour lui : il fallait qu’il s’y mette. Les premiers jours, notre héros s’appliqua au carême.

Ah ! Que c’était dur. Le matin à 4 heures, Bazié ingurgitait le maximum de plat : Foutou à la sauce arachide bien épicé, des galettes d’haricots « tomso » en Dioula, de la bouillie de mil, du café. Ah ! Bazié mangeait comme un dromadaire qui fait sa provision. Mais tout cela ne sauvait pas Bazié des affres de la faim. Quand le soleil montait au zénith, le ventre de notre fidèle musulman criait, émettait des sons perceptibles à milles lieux. On aurait dit que le soleil pointait ses dards dans le ventre de Bazié. Il fallait trouver une stratégie sinon le séjour chez l’oncle Bamoudjè serait une catastrophe.

Eurêka ! Bazié venait d’avoir une idée de génie.

Désormais il allait se priver de nourriture et de l’eau mais à sa façon. Ainsi donc Bazié suggéra à l’oncle Bamoudjè de lui offrir une bouilloire à lui tout seul, une bouilloire spéciale, rien qu’à lui. Oncle Bamoudjè se félicita de cette demande de Bazié car pour lui, son hôte se transformait en vrai croyant.

Ainsi donc, Bazié avait sa propre bouilloire. Il pouvait mettre son plan machiavélique en route. Chaque jour après le repas de 4 heures, Bazié faisait une petite sieste comme le reste de la famille. Il profitait de ce laps de temps pour agir en secret. Dans l’après midi, pendant que tout le monde faisait le bain de prière, Bazié prenait sa bouilloire et allait derrière la douche et se mettait bien. Il sortait toujours de cet endroit l’air content et bavard. Bazié bernait ainsi tout le monde et même Dieu. Mais Attito Pkata1 a dit Dieu n’est pas gaou, c’est-à-dire que personne ne peut tromper le bon Dieu éternellement. Bazié allait se faire Hara Kiri2  .

Ce jour là, alors qu’un des fils de l’Oncle Bamoudjè avait pris la bouilloire de son père, l’oncle Bamoudjê, dans le besoin, emprunta la bouilloire spéciale de Bazié qui dormait.

L’homme s’installa et commença son bain de prière. Il ferma les yeux pour se laver le visage. L’oncle cria soudainement ‘’Ehi ! safroulaye cette eau est pimenté aidez –moi’’.

On vint au secours de l’Oncle Bamoudjè et tout le monde découvrit le pot au rose de Bazié. Ce petit malin buvait en réalité du Gnamankoudji3 pendant les heures de prières. L’Oncle fit appeler Bazié mais celui-ci était déjà loin. Il avait pris son baluchon. Après tout, on ne ruse jamais avec Dieu.

 

Attito Pkata : Chanteur ivoirien, il fait du Zouglou (rythme musicale de la Côte d’Ivoire).

Hara Kiri : Expression qui signifie que quelqu’un va se faire prendre à son jeu.

Gnamakoudji : Jus fait à base de gimgembre à la saveur pimenté.

 

 

2 commentaires

  1. fatakaya · juin 9

    bel article.
    j’ai été surpris de trouver le mot « Gnamankoudji », à chaque fois que je tombe dessus je suis pas déçu

    • JEAN-PAUL SORO
      JEAN-PAUL SORO · juin 9

      Mon cher Fatakaya, je suis ravi que vous ayez apprécié cet article. J’aime beaucoup  »le Gnamankoudji ». Il me donne personnellement du punch.